Life

Dans les montagnes Inyo

se déconnecter à Cerro Gordo

PAR : JOHN WATSON

6 FÉVRIER 2019

La vallée de l’Owens, le désert des Mojaves et la vallée de la Mort ont été le décor de nombreuses histoires sur theradavist ; mais une région en particulier m’a intéressé à la fois pour ses paysages et son histoire. Les montagnes Inyo sont faites pour les aventuriers qui veulent sortir des sentiers bien connus du parc national de la vallée de la Mort ou de l’Eastern Sierra. L’endroit peut être très reculé : les routes sont difficiles et très accidentées et la réception téléphonique quasi nulle, tout comme le ravitaillement. Toutefois, si vous pouvez accéder à ce site en toute sécurité, vous serez récompensé par des paysages exceptionnels sur l’Eastern Sierra avec en toile de fond les diverses couleurs offertes par la terre.

Je passe mon temps libre à explorer cette région, à la recherche d’itinéraires adaptés au vélo et je dois admettre que très peu se sont révélés compatibles. Les routes de cette zone sont si escarpées que même un 4x4 bien équipé peut surchauffer ; sinon, ce ne sont que des étendues rocailleuses à perte de vue, ponctuées de pièges sablonneux. Sans parler de l’absence totale d’eau. Pour rouler dans ces contrées, il faut une très bonne préparation, à la fois mentale et physique. C’est une région qui a posé des problèmes aux tribus autochtones comme aux chercheurs d’or motivés par l’appât du gain. Mais avant de nous plonger dans notre histoire, nous devons d’abord en raconter une bien plus célèbre. Une histoire qui nous ramène près de chez nous, « les Radavist ».

À la recherche de l’eau

La métropole tentaculaire du comté de Los Angeles n’existerait pas telle que nous la connaissons aujourd’hui sans la vallée d’Owens. De fait, l’eau est un élément déclencheur de croissance. Les civilisations se sont développées le long des fleuves et des rivières car l’approvisionnement en eau et en nourriture y était plus facile. Pour Los Angeles, établie dans le grand désert du sud de la Californie au climat méditerranéen, ses rares rivières n’auraient pas pu à elles seules subvenir aux besoins de sa population. C’est ce qui a incité William Mulholland, un immigrant irlandais également ingénieur hydraulique auto-didacte, à tenter d’enseigner à la population sans cesse grandissante de Los Angeles à préserver l’eau ; mais, en très peu de temps, Los Angeles avait déjà épuisé son unique rivière. Toujours à la recherche d’eau, il s’est rendu dans la vallée d’Owens à environ 370 kilomètres (230 miles) des portes de la ville.

Entre 1911 et 1923, Mulholland et les agents de son département des eaux et de l’énergie (Los Angeles Department of Water and Power ou LADWP) ont acquis en secret 95 % des droits à l’eau de la rivière Owens, entraînant la construction d’un aqueduc de 375 kilomètres (233 miles) de long passant en plein milieu du désert des Mojaves pour aboutir au centre de LA. Très rapidement le lac Owens alimenté par la rivière du même nom s’est asséché, ce qui a poussé les agriculteurs et éleveurs locaux à saboter l’aqueduc à coups de dynamite à plusieurs reprises. Ces gens-là étaient les premiers écoguerriers car ils se battaient pour préserver les terres agricoles contre Mulholland et ses alliés. En 1927, ces derniers ont déclaré la guerre en employant la seule manière possible pour s’emparer de l’eau : la force.

Voilà l’histoire de la vallée d’Owens, du lac Owens et, d’une certaine manière, l’histoire de la colonisation du grand Ouest américain. Pour ceux que ce sujet intéresse, nous renvoyons au livre de Marc Reisner, Cadillac Desert.

Payahuunadü

Il existe un panneau sur l’autoroute 395 au moment d’entrer dans la vallée d’Owens sur lequel on peut lire « Réinventez Payahuunadü », soit le terme local pour « le pays des eaux vives ». Malheureusement, les rivières ne sont plus vraiment vives et le lac Owens est désormais à sec avec son fond exposé au soleil et au vent, ce qui en fait le plus gros producteur de poussière des États-Unis. Au sein des tribus locales, les anciens ont le sentiment que le LADWP pompe toute la couleur et la vie de leur vallée. Payahuunadü abrite les Paiute et les Shoshone qui continuent à y habiter.

Les anges coupables de Los Angeles

Lorsque j’ai emménagé à Los Angeles en 2015, je connaissais déjà cette histoire. J’avais lu Cadillac Desert à l’université lors de mes études d’architecture. Je m’intéressais à l’urbanisme, aux écrits des grands théoriciens de l’architecture moderne et au développement durable en général. Mais rien n’avait vraiment pu me préparer à la découverte de la vallée d’Owens, du désert des Mojaves et du parc national de la vallée de la Mort. Si vous passez un peu de temps dans cette région unique en son genre, vous allez rapidement comprendre que lorsque quelqu’un vous demande d’où vous venez, il faut éviter de prononcer ces deux mots : Los Angeles. Pour de nombreux habitants de la vallée d’Owens, LA est responsable des morts liées à la fièvre de la vallée, aux tempêtes de sables aveuglantes et à l’assèchement de ce qui était autrefois le lac Owens. Bien que né loin de Los Angeles et même de la Californie, je ne pouvais malgré tout pas m’empêcher de me sentir coupable de profiter de cette région, au mépris de la consommation d’eau de LA mais aussi des tribus autochtones. Je n’étais pas dans les parages au siècle dernier quand toutes ces histoires se sont déroulées, mais dans quelle mesure ma vie à Los Angeles a-t-elle pu contribuer à ce désastre ? Je n’ai pas cessé d’y penser en faisant du camping, du 4x4 ou du vélo à travers les vallées et les montagnes qui entourent la vallée d’Owens.

En tant que journaliste et photographe, il est important de relayer cette histoire, de la mettre en contexte et de rendre hommage à tous ceux qui avaient fait de cette terre leur foyer

L’histoire du Cerro Gordo

Comme pour l’eau, Los Angeles est née d’une longue tradition d’extraction minière dans la vallée d’Owens : le borax et le sel de la vallée de la Mort et de la célèbre 20 Mule Team et l’or de l’Eastern Sierra. En 1862, un chercheur d’or mexicain, Pablo Flores, a découvert de l’argent dans ce que l’on appelle aujourd’hui Cerro Gordo, une mine sur le versant ouest des montagnes Inyo, à environ 50 kilomètres (30 miles) au sud-est d’Independence en Californie. C’était le premier gros filon d’argent dans la vallée d’Owens et nous n’étions qu’au début d’une exploitation massive qui allait durer jusqu’en 1877.

Mais avant toute chose, les employés de la mine devaient accéder au canyon avant de commencer leur travail. Les tentatives précédentes de construction d’une mine avaient été compromises par l’enlèvement de cinq chercheurs d’or mexicains par les autochtones : trois d’entre eux avaient été tués tandis que les deux autres avaient été relâchés contre la promesse de ne jamais revenir sur place. Mais les promesses ne pesaient pas bien lourd à cette époque, surtout par rapport au cours de l’argent. Les autochtones avaient remporté une première bataille, mais la guerre de Cerro Gordo était loin d’être terminée. Lors de l’ouverture du Fort Independence en 1862, l’armée américaine positionna des troupes à Cerro Gordo pour éliminer la population autochtone et permettre la création de la mine. De même que Mulholland et ses alliés ont pris l’aqueduc de Los Angeles par la force, de même l’armée américaine a sécurisé la zone, repoussant les autochtones plus loin dans les montagnes au sein de ce qu’on appelle désormais le parc national de la vallée de la Mort. Les conséquences de ce déplacement sur les générations suivantes sont sans aucun doute impossibles à évaluer.

Comme de nombreuses autres mines de la région, Cerro Gordo a connu des hauts et des bas et la chute brutale du cours de l’argent a précipité sa fermeture définitive en 1877. Cependant, pendant les années d’exploitation, une impressionnante file de mules transportait le minerai d’argent depuis Keeler, la ville construite au pied du Cerro Gordo pour faire tourner les fonderies, jusqu’à Los Angeles, 440 kilomètres (275 miles) plus loin, avec des chargements avoisinants les 300$ la tonne.

Au début de l’année 1872, le Los Angeles News a déclaré : « Les échanges avec Cerro Gordo sont inestimables pour notre ville. Ce qu’est Los Angeles aujourd’hui découle principalement de ce commerce. C’est ce filon d’argent qui a conditionné notre vie d’aujourd’hui. S’il venait malheureusement à être coupé, nous sombrerions inévitablement ». En plus de l’eau de la rivière Owens, Los Angeles doit sa survie à l’argent extrait des montagnes de l’Inyo et à la ville minière de Cerro Gordo.

Au début des années 1900, du minerai à haute teneur en zinc a été découvert à Cerro Gordo, relançant l’activité d’une mine qui n’avait même pas encore épuisé ses réserves d’argent. Ces installations ont fonctionné jusqu’en 1938. Depuis ce temps-là, Cerro Gordo est une ville fantôme, avec très peu d’habitants si l’on ne compte pas les gardiens embauchés pour éviter les pillages. Ce site comprend plusieurs bâtiments encore debout aujourd’hui, y compris des vestiges de l’Union Mine d’origine. Jusqu’à très récemment, certains de ces bâtiments pouvaient être loués par les touristes de passage comme la Belshaw House de 1870, la Bunkhouse construite en 1904 et l’ancien American Hotel bâti en 1871. Tout dernièrement, de nouveaux propriétaires ont acheté Cerro Gordo où ils espèrent faire revivre cette histoire et proposer des séjours aux voyageurs en quête de solitude.

Reportage en selle : à l’assaut des montagnes Inyo

Ordinairement, pour des sorties comme celle-là, je campe dans la région de Lone Pine, mais comme elle regorge d’hôtels, il y a d’autres façons plus confortables de passer la nuit. Comme vous pouvez l’imaginer, c’est une grosse journée qui nous attend, donc une bonne nuit de sommeil est plus que bienvenue. On sert le petit-déjeuner très tôt à l’Alabama Hills Cafe. Faites-vous servir un burrito et une tasse de café à emporter pour moins de 10$. Le trajet de Lone Pine à Keeler au lever du soleil vous replonge dans un film de western, ce qui n’a rien de surprenant car plusieurs réalisateurs holywoodiens ont tourné de nombreux films dans la région depuis les années 1920. Les chevaux galopent dans les prés, les renards nains traversent la route pour se réfugier dans leur terrier sous les buissons tandis que les buses à queue rousse planent au-dessus de nos têtes à la recherche de leur prochain repas. Une fois que vous entrez dans la ville assoupie de Keeler, il suffit de bifurquer sur la route de Cerro Gordo où un petit parking peut servir de bonne base arrière. Sirotez votre café en regardant les premiers rayons du soleil illuminer la vallée jusqu’à l’Eastern Sierra et le peu qu’il reste du lac Owens.

Parce que Cerro Gordo est située à 2500 mètres d’altitude, ce n’est pas peu dire qu’elle est plutôt difficile à atteindre. La montée en elle-même démarre dès que l’on quitte le village de Keeler (à 1100 m d’altitude) et, sans vous laisser l’occasion de vous échauffer, elle grimpe en suivant une route directement taillée dans les alluvions. Une fois que vous pénétrez dans le premier canyon d’une longue série, il devient évident que vous êtes parti pour une grosse sortie. Ce qui me frappe le plus, ce sont les formations géologiques, des colonnes de plusieurs dizaines de mètres de haut au bord de la route. C’est à la fois très impressionnant et un peu déstabilisant. Avec ce genre de distractions tout autour de vous, il n’y a qu’un caillou ou un nid-de-poule pour vous ramener à la réalité. Ou, dans notre cas précis, du verglas.

Ce qui m’amène à un point très important : habillez-vous de manière à faire face à des fluctuations de température importantes. Selon la saison, il peut faire beau avec 15 °C dans la vallée mais neiger au sommet avec des températures négatives. Les caprices météorologiques de Dame Nature sont légendaires dans les montagnes Inyo, donc il vaut mieux se préparer au pire. Il est vivement recommandé d’emporter une cape de pluie, une couverture de survie et des vêtements adaptés pour affronter ces différences de température excessives. Nous reviendrons sur nos conseils en matière d’équipement un peu plus loin…

Après environ 13 kilomètres, vous atteindrez la ville fantôme de Cerro Gordo où seules les particularités des grands déserts vous attendent. Il n’y a pas d’eau potable sur place, donc pensez à prendre vos réserves en conséquence. Faites une pause, mangez un peu et baladez-vous parmi les bâtiments abandonnés. Merci de ne laisser aucune trace de votre passage et de respecter tous les panneaux. Sur le versant ouest, la « route » se poursuit à travers les genévriers et les pins en sinuant entre les rochers jusqu’à rejoindre la route de White Mountain Talc, un long faux-plat montant autrefois utilisé pour rallier une mine de talc en plein cœur du parc national de la vallée de la Mort. Si vous regardez attentivement, vous verrez des morceaux de talc blancs et rouges dans les fossés. Quand vous pénétrez dans le parc national de la vallée de la Mort, vous savez que la montée est presque finie.

Depuis le sommet, il n’y a que de la descente avec pratiquement 65 kilomètres à parcourir encore, dont 32 kilomètres de goudron pour rejoindre votre véhicule. C’est là que le paysage change de nouveau : des conifères, on passe aux arbres de Josué, une espèce de yucca endémique du désert de Mojaves, à perte de vue. L’état des routes dépend ici des précipitations ; mais si les conditions sont sèches, toute la descente jusqu’à l’autoroute 190 et le parking du départ peut être très rapide. 86 kilomètres et 1 828 m de dénivelé plus tard, vous revoilà à votre point de départ. Heureusement, le soleil n’est pas encore couché !

Les installations minières de Cerro Gordo sont peut-être fermées pour de bon, mais les chercheurs d’or des temps modernes que nous sommes peuvent faire ressortir les souvenirs, les photos et les vieilles histoires

Ces expériences ne vont certainement pas donner naissance à une nouvelle ville comme l’argent l’a fait jadis, mais toutes les routes n’ont pas besoin d’être en or ou en argent pour nous faire ressentir l’aventure à l’état pur.

Équipement

Des sorties comme celle-ci donnent lieu à des échanges intéressants en matière d’équipement. S’agit-il d’une sortie route ? Ou d’une sortie VTT ? Avec tout ce que nous entreprenons ici chez les Radavist, cette discussion s’impose quand il s’agit de choisir le bon vélo. Pour cette sortie, plusieurs problèmes apparaissent, principalement à cause des pentes abruptes des versants ouest des montagnes Inyo. Avec un pourcentage de 9,3 % en moyenne et des portions qui dépassent parfois les 18 %, des développements Route compacts ou standard sont hors de propos ici pour nous, simples mortels, surtout si l’on ajoute les vêtements, la nourriture, l’eau et les autres provisions indispensables à cette sortie. La descente depuis Cerro Gordo est très rocailleuse et accidentée. Je ne recommanderais pas de pneu inférieur à 1,75″ ou 2″. En tout cas, un VTT avec une grande plage de développements et des espaces élargis au niveau des pneus semble plus que nécessaire ; mais alors, comment gérer les 65 kilomètres de route de l’autre côté de la montagne ?

Un VTT avec cintre de route ou un monstercross sont des machines tout à fait capables d’avaler ce genre d’itinéraire. Ils permettent de changer la position des mains, de varier les positions de pédalage, de monter des pneus plus larges et des développements plus gros. Le problème épineux, c’est de faire fonctionner des leviers de dérailleur de route avec un dérailleur de VTT.

Les sorties et les histoires comme celles-ci me bouleversent et me motivent tellement qu’elles me prennent beaucoup d’énergie physique et émotionnelle. Je vous remercie de suivre mes aventures. Je n’aurais pas été capable de partager cette expérience sans l’aide des personnes mentionnées ci-dessous…

Ce projet a été créé en collaboration avec SRAM. Merci à James Adamson de Drop Media pour la vidéo, à Moots pour le prêt de leur cadre Baxter pour ce projet et à Brent Underwood de Cerro Gordo pour son aide!